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Une soirée magnifique sur les monnaies complémentaires et le revenu de base

Mercredi 27 mars dernier

Jean-Michel Servet et Frédéric Bosqué - croyez-le ou non ! - nous ont enchanté-e-s en nous racontant des histoires de monnaie, d'argent, de pèse, de fric, de blé et de revenu de base ! On était plus de 80 et c'était formidable.

 

En voici quelques éléments :

 

Les monnaies du lien et du partage

La monnaie existait avant le marché. Les monnaies archaïques étaient des outils de lien social. Dans plusieurs langues, l’étymologie de la monnaie est liée au mot « corde » qui sert à lier (ou à étrangler…). Obligation se dit « bond » (lien en anglais ).  Dans certaines traditions, on n’offre pas de couteau, de peur de couper le lien. Mais le lien est préservé si on assortit son cadeau d’une pièce de monnaie !

Dans les sociétés traditionnelles, le lien était la pratique normale. La monnaie dit l’identité sociale composite de ses membres. Elle sert au partage, alors que le néolibéralisme nous fait penser en termes d’échanges. Nous devons repenser la monnaie, repenser le partage, la mise en commun et donc  le maintien de l’interdépendance.

Le mouvement néolibéral est mortifère, car il coupe le lien. C’est une irresponsabilité sociale. C’est une croyance. Aucune société ne peut durablement subsister sur la base d’une monnaie qui coupe le lien.  Nous avons à retrouver comment payer en restant ensemble, retisser le lien à travers les monnaies complémentaires. La monnaie n’est pas l’instrument de l’individualisme qui sépare, mais un instrument qui peut nous permettre le vivre ensemble.

 

Un exemple, au Japon : la banque du temps.

La moitié des enfants qui naissent auj. deviendront centenaires. La moitié des centenaires ont la maladie d’Alzheimer. Les japonais ont inventé une banque du temps intergénérationnelle. Les personnes actives peuvent capitaliser du temps dans des banques du temps. A utiliser soit quand la personne qui capitalise sera âgée et dépendante. Soit simultanément pour prendre soin de ses parents âgés qui vivent au loin.

La pratique solidaire doit être construite par une multitude de projets de ce type. La multiplicité des projets fera basculer les choses. Nous avons à inventer de nouvelles formes de lutte. Les ouvriers avaient commencé à casser les machines, puis ils ont inventé le syndicalisme, les grèves. Nous devons inventer de nouvelles façons de construire l’avenir.

Il y a deux types de relation économiques : une relation de type place de marché et une relation de type clientèle. La relation de clientèle perpétue le lien. Elle est typique des pays où l’on marchande. Le marchandage est une relation. C’est la qualité de la relation qui fait le prix de l’objet, qui donc varie. Or l’arrivée des Monoprix, Uniprix et autres grandes surfaces où l’on ne marchande pas des prix fixes,  a marqué le basculement vers une relation centrée sur l’objet, et non plus sur la relation.

 

 

 René Magritte : Clairvoyance

 

20h30 : Frédéric Bosqué

Revenu inconditionnel de base et Monnaies complémentaires

 

D’abord, se défaire de l’idée qu’il y a des méchants et des bons. Il faut travailler avec les « chenilles » si on veut avoir une chance d’arriver aux « papillons ». Se transformer là où on est. Les changements de société se sont toujours faits par le bas. Pas par le haut. Rappelons-nous les peurs immenses qu’ont suscité en leur temps l’arrivée des congés payés, la sécurité sociale.

Notre société s’est organisée autour de la pensée de la rareté, illusoire et organisée  … alors que le monde est abondant ! Nous sommes tous responsables : avons délégué la politique aux élus, la connaissance aux scientifiques, la création aux artistes, le commerce aux entreprises, etc…. Devons reprendre nos pouvoirs et responsabilités. « Seule une crise d’enthousiasme pourra sauver l’Etat » (Olympe de Gouges)

 

  • 85% de la monnaie en circulation est du crédit. La banque crée la monnaie ex nihilo. Seuls 2% de la monnaie échangée représente de l’économie réelle. Le reste n’est que spéculation financière.   
  • La monnaie complémentaire nantie sur (- et non pas achetée avec ! - ) de la monnaie centrale, permettra de constituer des réserves posées sur des comptes bancaires qui les consacreront à des investissements éthiques et écologiques .
  • Les monnaies complémentaires pourraient ainsi assécher progressivement les crédits usuraires des banques privées et inciter ces dernières à investir localement..  
  • Le mouvement est démultiplicateur de crédit pour les banques respectueuses de l’humain et de la nature, et diviseur de crédit pour les banques privées
  •  La monnaie est fondante (cf. Silvio Gesell – années 30 )
  • NB :Pour une économie saine, il faut 2 monnaies (cf Bernard Lietaer
    • Une monnaie thésaurisable pour échanger entre les territoires
    • Une monnaie de circulation, fondante, pour échanger des biens et services,

 

Gouvernance

Une monnaie citoyenne est gouvernée par une diversité d’acteurs qui doivent être représentés au sein du comité d’animation : les usagers, les prestataires, les élus, les partenaires financiers, les fondateurs..

La monnaie citoyenne transcende les clivages politiques.

Les décisions se prennent de préférence au consensus, au consentement ou à la majorité des 2/3. La monnaie doit être au service du bien commun, dans le sens républicain de faire société.

 

Revenu de base inconditionnel

Nous pourrions vêtir, nourrir, loger, informer,… tous les habitants de la planète.

Le dernier congrès de la FAO dit qu’il est possible de nourrir toute la planète avec des produits biologiques, sans modifier la surface agricole, en n’investissant que 73Mias d’euros = le budget annuel de nourriture pour les animaux…

Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, …cumulable avec d’autres revenus. Il est donné sans exigence de contrepartie. C’est cette « gratuité » qui est porteuse de changement, pas le montant. Commencer avec de petits montants, qui ne changeront pas grand-chose, et monter en puissance petit à petit ! Une révolution tranquille, sans violence.

cf. Coluche:   « les gens n’ont pas besoin de travail, mais de revenu. »

Ce revenu de base pourrait être versé  -  en partie - en monnaie citoyenne. Dès lors, il se dépenserait localement, dans la communauté, auprès d’entreprises soucieuses de l’humain et de la nature.


Mais attention, aujourd’hui, nous avons désindustrialisé nos territoires de vie. Nous devons impérativement reconstituer les appareils de production locaux sous peine de nous jeter dans la gueule des multinationales qui seront restées seules maîtresses du terrain.


Idée :  Le revenu de base des enfants :

  • 50% serait versé aux parents pour l’entretien des enfants.
  • 50%  constituerait un fonds d’investissement, pour que le jeune citoyen dispose d’un petit capital pour démarrer sa vie. Entretemps, cet argent aurait été investi dans la reconstitution de l’appareil de production local.

 

Circuits courts et monnaie locale

Si nous sommes capables de produire localement,
si la main d’œuvre est présente et formée,
si la matière première est disponible,
si la demande existe … pourquoi diable demander l’autorisation à une banque centrale ou privée le droit de mettre en circulation de la monnaie pour permettre investissements et échanges ? Chaque territoire de vie produit ce qui est nécessaire pour sa population !

Il faut relocaliser la création monétaire, en conseils réunissant tous les acteurs.

 

Fonctionnement du SOL

Les solistes nantissent leurs acquisitions de monnaie citoyenne, autrement dit déposent des euros sur un compte épargne dans une banque éthique.Ce crédit coopératif alloue des prêts en euros à l’économie locale respectueuse des humaines et de la nature, et aux personnes en exclusion sous forme de micro-crédit. Le réseau sol donne une reconnaissance de dettes sous formes de coupon-billet, augmentée de 5%, qui correspond à l’intérêt des euros déposés. Ces 5% seront retirés lors de la reconversion des SOLs en euros.

L’Argentine  avait créé une monnaie citoyenne, le credito. 7 millions de personnes sont entrées dans ce réseau. Mais les petits malins qui ont multiplié des contrefaçons ont fait échouer le projet.

Le réseau du SOL se développe, en intégrant toujours plus de fournisseurs respectueux des humains et de la nature.

Chaque entreprise s’évalue sur la base de 25 questions, qui informent des critères inspirés des villes en transition. Les réponses sont reportées sur un radar citoyen, qui donne une image de la qualité de l’entreprise sur 4 critères

-          L’engagement (plus ou moins actif ou consommateur)

-          L’économie (la part des résultats reçue par les employés, leur placement sur un compte éthique, le prix juste pour les fournisseurs et les clients,…)

-          Le social (le mode de gouvernance,…)

-          L’environnement (impact écologique, circuits courts,…)

 A moins de 7 points, on n’entre pas dans le SOL, de 7 à 15 points on est accompagné, plus de 15 points donnent un agrément valable 2 ans.

 

Fiscalité 

Les SOL sont pensés pour le secteur marchand. Le SOL est adossé à l’euro (contrairement aux SELs qui ne relèvent pas de l'espace marchand). Les revenus sont garantis par l’euro et déclarés. La monnaie, citoyenne, participe aux impôts.

 

Création du SOL
120 citoyens se sont réunis deux fois par mois pendant 15 mois pour définir les règles de fonctionnement du futur SOL.

Après 15 mois, ils ont présenté un projet à la mairie, et créé une association locale à but non lucratif.

 

Financement

La 1ère année la mise en place a coûté 120'000 euros :
- 20'000.- pour réaliser le film « SOL Violette, l’éclosion d’une monnaie », libre de droit

- 30'000 de nantissement en euros pour constituer un capital de départ

- 25’000 pour créer des logiciels de gestion des membres et des échanges,  sous licence libre

- 3’000 pour créer les billets

 

Le financement est construit sur 3 piliers :

  1. La collectivité territoriale finance à hauteur de  60%
  2. Les cotisations financent le  20%
  3. Les dons complètent à hauteur de  20%

 

Organisation : 5 collèges

  1. Solistes
  2. Fournisseurs
  3. Partenaires financiers
  4. Élus
  5. Fondateurs, …

 

Résultats

Aujourd’hui, le SOL de Toulouse compte 120 prestataires, dans ces différents domaines,  alimentation saine, paysan, épiceries bio, service de proximité, peinture, plomberie, régie de quartier, fringues équitables, vélos, voitures en partage, métro et bus, sport, culture, théâtre, restaurants, bars, librairies, café-concert,  kiné, coach, sophrologue, médecine douce, assurances de voiture propres, logement,…

 

CA 180’0000 € par année

1000 adhérents, ( et vise 10'000 adhérents en 2016 (sur 600'000 habitants))

3 personnes à plein temps, aidés de 30 bénévoles réguliers.

 

Perspectives

L’euro circule 2,4 fois avant de sortir du territoire

Le sol circule 4 à 6 fois

NB : Le Chiemgauer en Bavière circule 12 fois

40 villes en France se sont lancées dans la création d’un SOL.

 

 

 

 

Projet Midi-Pyrénées

La région du Midi-Pyrénées veut lancer un SOL avec un capital de départ de 5 millions d’euros, avec des projets liés à au climat, à l’énergie (une commune s’est rendue autonome en électricité, se fournissant avec des panneaux solaires et des éoliennes), l’isolation des maisons, les maisons de paille (en investissant dans l’acquisition d’une machine qui fabrique les carrés de paille)

 

Dans  un crash financier, seul l’argent manque, alors que la collectivité, les matières premières, les entreprises, les forces de travail sont là.

Une monnaie nationale a besoin de  plus de capacité de résilience, assurée par un réseau puissant de monnaies locales.

 

 

Bibliographie

François Morin, le Murmure de l’argent.

Bernard Lietaer, Au cœur de la monnaie.