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Communaux d'Ambilly : MICA avance à grands pas, mais sans les représentants des habitants

Le 1er décembre, la Fondation Braillard invitait un panel d’acteurs impliqués dans le projet MICA (Mon Idée-Communaux d’Ambilly)  à raconter l’état du projet  à un public d’une cinquantaine de personnes:

 

  • Alain Léveillé, archiviste, historien de l’urbanisme genevois
  • Yannos Ioanidès, chef de projet pour Bâtima SA et C2I ainsi que chargé des relations avec la commune de Thônex
  • Stéphane Thiébaud, collaborateur à la Direction de l’Aménagement du Territoire du Canton de Genève
  • Marcellin Barthassat, architecte chargé du cahier des charges pour le concours d’urbanisme MICA
  • Pierre Bonnet, architecte lauréat du concours

 

Rappel historique

Alain Léveillé a commencé par  rappeler que Genève a déjà par le passé réalisé des plans d’urbanisme remarquables, en évoquant la destruction des anciennes fortifications en 1880, puis les 100'000 logements de plus avec la vision d’une Genève de 300'000 habitants impulsée par Maurice Braillard dans les années 30, et encore les cités satellites d’Onex, Lancy et Meyrin impulsées dès la fin de la guerre et les grands ensembles du, Lignon, desAvanchets, dans les années 70.

Aujourd’hui le plan directeur cantonal (PDC) 2001-2015 ambitionne de produire 35'000 logements ! Il comporte 15 PAC (plan d’aménagement coordonné) dont MICA qui a fait l’objet un plan directeur de quartier (PDQ) adopté en  novembre 97, constituant l’un des  plus grand enjeu urbanistique du canton de Genève de par sa superficie et sa situation proche de la France. Ce quartier prévoit de pouvoir accueillir jusqu’à 10'000 habitants, sur l’ensemble de ses six pièces urbaines.

En parallèle dépassant les limites géographiques du canton se dessine le plan d’agglomération FrancoValdoGenevoise (FVG) 2008-2030 qui lui prévoit la production de 55'000 logements à l’horizon 2030. MICA en fait partie et en est une pièce maitresse.

 

 

Entre PDQ (Plan directeur) et PLQ (plan localisé de quartier) ou comment on apprend à travailler en bonne intelligence

En décembre 2007 Yannos Ioanidès est nommé chef de projet MICA chez Batima SA et C2I.

Il reprend la maîtrise d’ouvrage dans une situation extrêmement tendue de conflit entre le canton et la commune de Thônex.  Guerre des chiffres, rumeurs, angoisses, perte de confiance mutuelle, manque d’écoute réciproque...Son premier geste a été d’établir un état des lieux chiffré et argumenté, d’établir des faits afin d’arrêter les fantasmes,  de façon à rétablir la confiance et de créer culture commune.

Il vérifie que le PDQ est un bon outil de travail et constitue un collège d’experts d’une quinzaine de personnes, représentant les différents acteurs concernés : Etat, commune de Thônex , investisseurs privés, associations de quartier, WWF (pour les questions d’environnement), experts et ingénieurs divers (techniques, économie, paysage, architectes internationaux, urbanistes).

Ensemble, ils ont validé le Cahier des charges du concours d’urbanisme pour la première tranche des travaux, une charte de qualité pour les constructeurs ainsi qu’une charte pour l’aménagement des espaces publics. Ce travail semble avoir eu sur ce groupe un effet quasiment thérapeutique, tant il est vrai qu’il a été réalisé entre gens qui avaient pour une fois envie de travailler ensemble, qui se respectaient mutuellement en l’absence de personnalité sur-dominante.

Le concours d’urbanisme a été lancé en juillet 2009 et c’est le bureau de Pierre Bonnet qui en est sorti lauréat. Les maquettes ont été exposées d’abord à l’HEPIA (Ecole d’Ingénieurs à la rue de la Prairie, puis à la fondation Braillard).

 

Stéphane Thiébaud du Dépt des Constructions et des Technologies de l’Information (DCTI) a ensuite rappelé que les collectivités publiques ont pour tâche la maîtrise et le contrôle du développement du territoire ainsi que la protection de la Nature et que les instruments de planification permettent de traduire dans le concret des projets politiques. La complexification des problématiques, la multiplication des acteurs concernés et la modification des échelles territoriales et temporelles sont de vrais défis pour l’ensemble des acteurs, notamment quand il s’agit de superposer planification et réalité foncière : étude d’impact, schéma directeur de l’eau, charte Développement Durable pour compléter le PLQ sont ainsi l’expression d’un dialogue qui a réellement pu s’établir entre les différents partenaires.

 

Marcellin Barthassat, architecte-paysagiste a commencé par souligner le plaisir qu’il y a à discuter avec des partenaires qui veulent travailler ensemble plutôt que s’affronter, le défi restant de trouver le bon tempo. Il a souligné le rôle crucial des ingénieurs qui sont ceux qui fabriquent en réalité le paysage, et à quel point il est important de les mettre dans le coup dès le début :

  • la gestion de l’eau en surface influence directement le paysage ;
  • les arbres ne sont pas que des éléments de décoration, ils influencent la lumière, l’espace et créent des micro-climats ;
  • la mobilité douce : il n’y aura que peu ou pas de trafic individuel motorisé sur le site, par contre des transports publics performants. Ce qui motive également les habitants des villas :
  • le mail aura 34 m de large sur env. 1 km de long. 1/3 de sa largeur sera réservée aux piétons. Les parkings seront disposés en sous-sol de ce mail, et seront des espaces revalorisés par un éclairage travaillé ;
  • le pré-verdissement devrait commencer par l’implantation de ce mail et des voies de circulation de l’eau.

Il a demandé l’allocation de ressources spéciales pour préparer les espaces publics, qui sont un droit aussi inaliénable que le droit au logement.

 

Pour finir, Pierre Bonnet, architecte-urbaniste,  a expliqué comment lui et ses collègues ont travaillé sur les espaces publics, à savoir les vides qui sont les enjeux relationnels d’un quartier. Ils ont étudié la topographie et choisi d’intégrer au maximum le paysage dans leur conception du quartier en traitant des questions comme:

  • espace urbain et monde agricole
  • nature domestiquée autour du bâti
  • variété de hauteurs, de pleins/vides
  • perméabilité (passages sous immeubles)
  • importance des rez de chaussée : c’est là que se fait la mixité (équipements commerciaux, socio-culturels + accès aux jardins)
  • fluidité de la circulation, perspectives transversales, valorisation du cadrage des paysages vus du quartier
  • jardins en pleine terre et parcours de l’eau
  • continuité des espaces végétaux.

 

Question du public : La démocratisation du projet, c’est très bien. Et celle de l’accès au foncier ? qui va avoir le droit de construire dans ce magnifique projet urbain ?

 

Euh…

 

Devant tant de bonheur à

Devant tant de bonheur à travailler ensemble, de satisfaction du travail accompli et de beaux résultats, on ne peut que rester admiratif… et pensif : il est fort possible – et même probable - qu’une équipe qui travaille dans la paix et le respect mutuel produise de meilleurs résultats, à savoir un habitat de qualité tout à la fois respectueux de l’humain et de l’environnement. Ce qui est déjà un grand pas, me direz-vous. Bien entendu.

 

Pourtant, on sait que rien de vraiment durable ne se fait si l’on n’implique pas dès le début les usagers du projet. Il manque tout de même dans cette belle architecture humaine un acteur de taille : les habitants, qui ont pour compétence l’art d’habiter non seulement leurs logements mais aussi leurs espaces publics, avec la connaissance des besoins de l’usager de base, les aspirations « culturelles et relationnelles » qui sont les siennes et ses aspirations citoyennes de contribuer au façonnage de son espace de vie. Cette objection reçoit en général pour réponse l’antienne « On ne connaît pas les futurs habitants aujourd’hui. Impossible donc de les intégrer. » Sous entendu : « on travaille entre experts, entre gens compétents qui savent très bien ce qu’il faut aux gens pour qu’ils vivent bien. On intégrera les habitants dans le processus quand il ne restera plus à décider que des détails d’architecture d’intérieur. »

Et on s’étonnera quelques années plus tard de ce que rien n’aura changé dans la désinvolture de certains dans leur façon d’occuper les espaces publics, dans la prolifération de tags, casses de mobilier urbain et autre petite délinquance, dans la solitude de certains et l’exclusion  de la vie urbaine d’autres, en bref tout ce qu’on met sous l’étiquette « délitement du tissu social » bien connu des services sociaux.

 

Les architectes-urbanistes ne sont certes pas dotés du pouvoir de guérir la difficulté de vivre de chacun ni tous les maux de la vie urbaine, mais à force de faire « pour » les gens « sans eux » ou « à leur place », chacun finit par se dire que la solution aux problèmes viendra d’ailleurs : de l’Etat, ou de la providence divine, des services sociaux ou de l’ONU…, tout sauf de soi qui habite ce quartier. Tentons d’être claire : il ne s’agit pas de réclamer plus de concertation, ou des méthodes participatives de plus en plus sophistiquées, ni que les gens puissent donner leur avis sur des sujets sur lesquels les experts font mieux qu’eux. Il s’agit plus simplement …et bien plus difficilement… de changer une routine : si on veut changer vraiment la façon de vivre dans nos villes, ce n’est pas à coup de déclarations morales ou incitatives qu’on y arrivera. Mais bien en impliquant les futurs habitants – ou leurs représentants – dans la conception même de leur quartier, en leur remettant non seulement un certain droit de parole, mais encore le pouvoir de décider et la responsabilité de gérer.

 

 

L’habitat, comme l’intégrité corporelle et l’habillement, répond à un besoin fondamental de protection et de survie des humains. Chacun doit contribuer à fabriquer et préserver le nécessaire pour répondre à ce besoin. On pourrait dire que l’habitat relève de la sphère intime des communautés et que c’est la raison pour laquelle il doit leur être remis sans attendre que les quartiers sortent de terre pour le plus grand profit de certains qui n’y vivront en général pas.

 

 

Camille Bierens de Haan, 5 janvier 2010