Les tours sont-elles une solution d'urbanisme durable ?

Penser autrement: 

La ville du futur peut-elle se passer de tours ? Comment contenir l'étalement urbain autrement qu'en densifiant la ville ? Comment résoudre les questions de l'énergie et des émissions de CO2 dans nos gigantesques conurbations du futur ? La mixité est-elle une vraie ou une fausse bonne idée ?

Energie

Les projets de tours “vertes” se multiplient : panneaux photovoltaïques sur la façade, éoliennes sur le toit, gestion de l’exposition au soleil, ventilation naturelle et collecteur d’eaux pluviales. « Le développement durable, ça pourrait aussi être un retour à des gestes simples plutôt qu’une multiplication de technologies qui risquent de ne pas suffir » explique David Orbach, architecte urbaniste. Ouvrir la fenêtre plutôt que d’allumer l’air conditionné ? Impossible dans les tours actuelles, dans lesquelles souvent les fenêtres ne s’ouvrent pas. Des progrès sont pourtant  prévus dans les projets des architectes du futur. Les grands chantiers urbains à venir annoncent qui 70% d'autoproduction énergétique, qui 60% de réduction des émissions ou 70% d'économies d'énergie... de quoi faire rêver ! Du moins en théorie.

Car ces chiffres ne tiennent pas compte des coûts énergétiques de la construction, et ne sont que des estimations. L’utilisation d’énergies renouvelables est une bonne chose, sans doute, mais s’autoalimenter en énergie, ne signifie pas pour autant réduire sa consommation  Autrement dit, même si elles réduisent de moitié leurs besoins énergétiques, les tours resteront excessivement énergivores. Tant que le comportement des consommateurs que nous sommes n'aura pas changé, rien n'aura réellement changé.

Mixité

Malgré des systèmes de récupéraiton de chaleur et une redistribution de l'énergie produite par les machines, pour chauffer les logements, la mixité des attributions des espaces - bien qu'elle soit au départ une bonne idée -  ne résout pas tout. 

Mobilité

La création d’une tour mixte reste très coûteuse, car bureaux et logements n’ont pas les mêmes besoins logistiques. Autre illusion, celle de limiter les déplacements des salariés, en les logeant dans la tour où se trouvent leur entreprise. A cette idée, on se retrouve soudain replongé à l'ère des logements ouvriers sur l'ère de l'usine, avec l'espace en moins... D’autant plus que le prix des logements dans les tours sera prohibitif.

Etalement urbain

Les tours pourraient-elles permettre de limiter l’étalement urbain ? En augmentant la concentration humaine, on peut réduire les distances, mais pas nécessairement les temps de trajet. Sans parler de la qualité de vie et du niveau de l'agressivité ambiante (cf.indice de bonheur humain) ... 

Le concept d’empilement des logements sociaux évoque le risque de ghetto. Non moins que celui d'empilement de bureaux d'ailleurs.

Croissance et puissance

La construction de tours toujours plus hautes est signe de fort développement économique, de volonté de montrer sa puissance, et d'affirmer d'une image de "maîtrise".

Sont-ce vraiment les valeurs dont nous avons besoin et sous la bannière desquelles nous souhaitons ranger notre ville de Genève ?

Inspiré de Novethic