Frédéric Bosqué, démarre un projet d'écovillage dans la pauvreté volontaire

Penser autrement: 

Karmaling, le 29 décembre 2013,

 

Cher-e-s ami-e-s,

Voilà, je suis à Karmaling pour une retraite de 3 mois histoire de me « déposer » et de préparer mon prochain projet de vie qui durera 10 ans … Je sais, dans un monde où rien ne dure plus très longtemps, dix ans cela fait long mais, comme le dit un coach que j’aime beaucoup :

 «C’est fou ce qu’un humain peut rater en un an et réussir en 10 ans ! »

 

Je suis au cœur des Alpes, chez un ami, Lama Thundrup, qui m’héberge pour cette nuit avant de partir dans mon ermitage… Face à moi s’élancent de grands sapins dont les sommets enneigés brillent au soleil d’un jaune orangé qui tranche sur un ciel infiniment bleu … Entouré de silence et de bienveillance, c'est un lieu magnifique, que de nombreuses traditions de toute la planète sont venues bénir lors de la création d’une maison, d’une belle maison que l’on nomme « La maison de la sagesse » ! Oui, aujourd’hui je sens que dans les prochaines années nous en aurons besoin … de sagesse … mais surtout de joie.

Ici, la recherche d’une pleine présence, d’une pleine conscience, d’un bonheur sans cause pour chacun est favorisée par une moindre pression des passions, dont celle pour l’argent et du pouvoir sont les plus puissantes. Ici, les contraintes sont celles de produire pour vivre, vivre pour exister et exister pour s’émanciper. Un beau programme de retraite non ? C’est un beau cadeau de noël que m’offrent mes ami-e-s bouddhistes et je les en remercie ici.

 

Vers un revenu d'autonomie

Ca y est, j’ai démissionné de toutes mes charges, à leur pouvoir et à leur revenu en monnaie. J’ai renoncé aussi à mes indemnités de chômages car le contrat que je dois signer avec notre République exige de moi de rechercher un emploi. Or je n’en rechercherai plus. Est-ce que cela change ma capacité à produire de la richesse pour moi-même ou pour les autres par une activité choisie, voire un travail choisi ? Bien sûr que non ! Mais aujourd’hui il n’y a pas la case « activité choisie » sur le formulaire dont j’ai oublié le numéro. Je vais donc passer les prochaines années, avec vous mes ami-e-s si vous le voulez, à la faire ajouter, cette petite et à la fois immense case…

Donc, à compter du premier janvier 2014, je ne vivrai plus qu’avec un revenu d’autonomie que me versent désormais mes ami-e-s citoyen-ne-s –contributeurs (voir les articles XI, XII, XIII des droits de l’homme de 1789 pour en comprendre le principe fondamental). Il-elle-s se sont engagé-e-s à me donner au moins un euro par mois pendant trois ans de façon inconditionnelle et déjà, les sept premiers mois de 2014 sont couverts par leurs contributions. Qu’ils-elles en soient ici remercié-e-s.

Ce revenu d’autonomie, inspiré par la définition du revenu de base du Mouvement Français pour un Revenu de Base (www.mfrb.fr) ne sera jamais supérieur que d’un euro au seuil de pauvreté. Au fur et à mesure, de la constitution de cette nouvelle force publique entretenue par la contribution volontaire des citoyens, nous tenterons d’en verser un second, puis un troisième et ainsi de suite jusqu’à ce que la volonté générale, éclairée de leur utilité commune l’institue pour tous par une loi.

C’est la mission de la charte fondatrice du M.F.R.B. Je le sais capable d’influencer avec intégrité nos élus à faire un jour voter cette loi. Déjà, il fait un énorme travail pour faire aboutir l’Initiative Citoyenne Européenne en faveur d’un revenu de base européen (http://basicincome2013.eu). Soutenez-la si vous n’avez pas encore signé !

 

Éclairer la Volonté Générale

Pour éclairer la volonté générale et refaire société entre nous, il nous faudra démontrer à toutes ces parties prenantes qui mettent en mouvement notre République que l’instauration d’un revenu d’autonomie pour tous n’est pas seulement un acte de cohésion sociale (une « dépense»), mais aussi un acte de développement soutenable ( une « recette ») et que la balance entre les deux est à minima équilibrée quand les distinctions sociales qui les mesurent sont fondées sur la préservation des bien communs et l’extension de nos libertés individuelles, fondement de notre démocratie.

Mais le plus important pour moi, ce sera de faire la démonstration que c’est en plus et surtout un pas de plus vers l’émancipation de chaque citoyen, fondement de notre projet républicain. Et cela n’a eu, n’a et n’aura jamais de prix. C’est pour cela, que pour actualiser notre contrat social, j’ajouterai que cette émancipation, actualisée par les temps nouveaux, ne saurait être harmonieuse et durable sans entraîner avec elle l’émancipation de toutes les formes de vie de notre planète, la belle GAYA, notre Pachamama comme disent nos ami-e-s amérindiens. 

Nous serons alors à la bonne heure, celle de la concorde universelle entre les humains et la nature

 

L'expérimentation d'une nouvelle Commune

Cela va constituer l’essence de mon projet de vie durant les dix prochaines années. En m’appuyant sur notre réseau et mon expérience de presque trente ans d’entrepreneur humaniste, je vais avec les ami-e-s qui le veulent aussi, concevoir puis bâtir un écovillage de minimum 300 habitants et maximum 1800 habitants. Ce sera une contribution à la nouvelle commune du XXIe siècle, dans tous les sens du terme « commune » !

La production de base, individuelle et collective, durable et locale des habitants de cet écovillage devra leur garantir, en nature, progressivement un revenu d’autonomie. Mesuré et versé au maximum en monnaie citoyenne locale, il permettra de revitaliser nos territoires de vie, assurera au moins à ses citoyens de vivre mieux et plus longtemps pour expérimenter le chemin de leur propre bonheur dans le respect des humains et de la nature. Bien sûr, si la production locale ne suffit pas à satisfaire leur besoin fondamentaux, ils échangeront avec des biens et des services au-delà de leur territoire de vie dans la mesure où ceux-ci font la preuve d’une valeur ajoutée sociale et environnementale mesurable et acceptable.

La contribution en euros, instituée au départ par les citoyens contributeurs pour garantir ce nouveau droit, deviendra progressivement caduque du fait de l’autonomie retrouvée par les habitants de cet écovillage. Elle pourra donc à nouveau servir, si les citoyens contributeurs le veulent,  à de nouveaux revenus d’autonomies, et peut être à l’émergence d’un nouveau écovillage, d’autant plus que les habitants du premier écovillage, dotés maintenant d’un revenu d’autonomie en monnaie citoyenne, pourront aussi devenir de nouveaux citoyens contributeurs !

Je parlais au début de ma lettre, d’un projet de vie sur dix ans, en fait, il sera découpé en trois plans à trois ans et une année de repos !

 

Les trois premières années, feront l’objet d’une enquête pour recenser les besoins des citoyens et les ressources durables liées à la construction d’un écovillage, à sa production soutenable et locale garantissant un revenu d’autonomie à tous ses citoyens. Les trois suivantes seront dédiées au choix du lieu et à la construction de la « version zéro » de cette nouvelle Ville Franche. Enfin, les trois dernières seront dédiées à la modélisation et à la création des formations nécessaires à transmettre à d’autres citoyens les bases de tout ou partie de ce qui à permis de le concevoir, de le construire et de lui permettre de produire de quoi satisfaire les besoins fondamentaux de ses habitants même avec un revenu d'un euro supérieur au seuil de pauvreté.

 

L'utilité commune du XIe siècle et ses quatre distinctions sociales

Alors comment éclairerons-nous la Volonté Générale que cet Écovillage et ses revenus d’autonomie sont d’utilité commune ? Par les même quatre distinctions sociales qui permettent à l’O.N.U de mesurer le développement humain de ses nations membres :

1-      L’écovillage verra son empreinte écologique décroître jusqu’à ce que ses habitants consomment sur l’année moins de ressources que leur territoire de vie n’en renouvelle sur un an, tout en vivant mieux et plus longtemps

2-      L’écovillage verra son Index de Développement Humain croître au même niveau que celui de la nation c’est à dire au moins la même durée de vie, le même accès à l’éducation et la même part de richesse, mesurable en monnaie citoyenne, par habitant

3-      L’écovillage, verra ses transactions monétaires locales passer de zéro à plus de 50% assurant ainsi un développement économique soutenable pour toutes les parties prenantes de son territoire de vie à savoir : les citoyens eux mêmes, leurs organisations marchandes ou non et les collectivités territoriales avec lesquelles l’écovillage est en relation.

Enfin, selon une méthodologie éprouvée et partagée, nous mesurerons le « bien être » ressenti par les habitants de cet écovillage à y naître, y vivre et, s’ils-elles le souhaitent, y mourir en paix.  La fin de cette expérimentation, sera atteinte quand la croissance démographique,  associée à une large diversité culturelle de ses habitants,  aura atteint un maximum de 1800 habitants. Au-delà, se sera le moment de penser à créer une nouvel écovillage ! Il existe 36 000 communes en France, il devrait y avoir la place et les ressources nécessaires non ?

 

Une méthode scientifique et un pilotage visant le consensus

Je réunirai au printemps dans une association et sous la forme de collèges les représentant,  les parties prenantes de nos territoires de vie pour piloter au consensus, au consentement et au minimum au 2/3 des voix cette expérimentation. Un collège d’universitaires, sera chargé de la mise en place des protocoles de cette expérimentation, de son suivi, de l’étude et de la publication de ses résultats.

Voilà, je vous ferai, sous forme de lettres, un point tous les dimanches sur ce projet de vie. C’est un beau jour pour symboliser les activités choisies ! Vous pourrez vous tenir informer sur l’avancée de ce! projet sur www.fredericbosque.info et peut être, si vous le voulez, y participerez vous d’une manière ou d’une autre. 

N’hésitez pas si vous avez des questions, des propositions ou des objections à me contacter par email à contact@fredericbosque.info. La construction d'accord et de désaccords sont les fondements de toutes lumières...

Bien à vous,

Frédéric