L'Art et les artivistes à l'âge de l'anthropocène : un regard aigu sur l'artwashing

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Vous aimez l'art, pensez que les artistes ont leur rôle dans le changement de société turbulent que nous vivons ? qu'on ne peut plus se contenter de se réunir et de causer ? qu'il faut toucher les gens à l'émotion ?

voici la traduction à la volée d'un extrait de l'article - fort instructif ! - publié par le Laboratoire d'Imagination Insurrectionnelle . Lisez, pour ne pas vous laisser piéger !

L'art et les artivistes à l'âge de l'anthropocène

de John Jordan

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Le monde de l'art parisien sera inondé de "artwashing" de toutes sortes cette année. Le premier sur les starting-blocs est le projet  l'art du changement dont le premier événement destiné à «imaginer un plan d'action qui va mobiliser les citoyens pour COP21" a été nommé Conclave21. Il n'est pas inutile de rappeler que «conclave» est le nom de la réunion secrète de cardinaux qui élisent un nouveau pape, ce qui n'est pas exactement un modèle de démocratie directe ou d'horizontalité citoyenne. Pendant deux jours, dans le centre de l'art et la technologie hipster à Paris - "7 jeunes éco-acteurs, 7 artistes engagés, 7 entrepreneurs de l'économie sociale et collaborative ... vont réfléchir une action". Le parrain de l'événement est l'entrepreneur Tristan Lecomte, qui recevait l'année dernière  le prix Pinocchio des Amis de la Terre, prix qui couronne les pires entreprises de greenwashing.

Cela ne surprendra personne quand on saura que le commissaire avait déjà travaillé pour le COAL, une maison ​de production centrée sur Art et environnement, dont les prix ont été parrainés par Price Waterhouse Coopers et des constructeurs multinationaux d'autoroutes et d'aéroports  du groupe Egis.

Pas besoin de sortir de Polytechnique pour comprendre pourquoi une entreprise ​multinationale de destruction de la planète souhaite s'associer aux causes merveilleusement progressistes défendues par l'art et l'écologie.  C'est se procurer la caution du ciel, de la culture et de la nature d'un seul coup d'un seul. Pas besoin des fonds de la CIA, les artistes feront eux-mêmes le boulot pour graisser la machine.

Ce qui me surprend toutefois, c'est de voir à quel point les artistes eux-mêmes se laissent duper en acceptant d'animer les masques sympathiques de la culture pour ceux qui conduisent secrètement les machines de l'apocalypse. Ils participent à des biennales d'art radicales comme à Sau Paulo, dont le but était «d'examiner les moyens de générer des conflits», et font semblant d'ignorer qu'elle est parrainée par la compagnie pétrolière Petro Bras. Ils participent à des festivals de théâtre, tels que le Festival Donau, avec son manifeste punk qui appelle à: «un changement de paradigme dans la société ... contre le vieux monde que nous haïssons" et qui pourtant est financé par des banques qui soutiennent des projets de combustibles fossiles et des compagnies aériennes autrichiennes. (Le Labofii a refusé une invitation à ce festival, écrit une longue lettre aux conservateurs leur demandant de trouver une certaine cohérence entre leur discours et leurs actes.)

En fait, la bonne façon de voir les choses n'est pas de s'offusquer que ces entreprises soutiennent les arts, mais bien que les arts soutiennent leur mensonge alors qu'ils ne se soucient  que de faire des bénéfices, même si cela implique d'anéantir les systèmes qui soutiennet la vie sur cette planète. En fait, ce type de parrainage est un acte d'anesthésie, quelque chose qui nous engourdit, entrave notre perception de la réalité et est à la racine de notre culture capitaliste toxique; c'est tout le contraire d'un acte esthétique qui nous permette de se sentir le monde, de le ressentir au plus profond de nos entrailles. Dans ses dernières années, Tristan Tzara a combattu contre les fascistes en Espagne, et a rejoint la résistance française. Pour protéger la vie, il savait qu'il fallait sortir de sa zone de confort et risquer parfois sa vie. Aujourd'hui, il esten effet difficile d'imaginer que nombre d'artistes contemporains quittent la sécurité de leurs studios et salles de répétition pour aller combattre l'ennemi.

«Il n'y a pas d'ennemis, les choses sont beaucoup plus complexes que cela, nous sommes tous également responsables", "nous avons besoin de la construction, de consensus, de collaboration, de trouver une solution à la crise climatique". Pleurnicheries libérales. La COP21 à Paris sera inondée par cet esprit de compromis. En fait, dans les documents de l'ONU pour le sommet, les entreprises de combustibles fossiles ne sont mentionnés que deux fois. Tout le monde sait que l'accord signé sera celui qui préservera le bonheur des marchés, les résultats des multinationales de combustibles fossiles et le système capitaliste redémarrera de plus belle sous le masque séduisant du "développement durable".

Ce ne sera pas un accord qui maintiendra les combustibles fossiles dans le sol, paiera la dette écologique envers les pays pauvres qui supportent les résultats des émissions historiques des nations plus industrialisées, ou empêche le climat de basculer dans une boucle de rétroaction terrifiante. Ce travail ne sera fait que par la base, par la croissance des mouvements pour la justice climatique, et ces mouvements ont besoin de toute l'imagination et la créativité qui sont l'apanage des artistes. Nous ne pouvons plus nous en tenir aux mêmes vieux rituels et au langage militant; à l'ère de l'anthropocène, nous avons besoin de nouvelles formes, d'actions magnifiquement efficaces qui enrayent les machines à suicide. 100 ans après Dada, l'art doit être au service de la VIE plutôt que des affaires comme d'hab et l'activisme doit devenir un art majeur.

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Pendant la COP21, chez vous ou à Paris, participez aux Climate Games

 

J'apprends que cet article figure dans un livre entièrement traduit.... !!

http://www.seuil.com/livre-9782021283648.htm

Crime climatique stop ! - Collectif

Crime climatique STOP. L'appel de la société civile.

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