Tant qu'il y aura de la monnaie....

Penser autrement: 

La monnaie est à la société ce que l'ADN est à l'espèce humaine, dit Bernard Lietaer*. Constitutive, donc. Et élément génétique reproducteur. Intéressant, non ? Chaque fois que nous utilisons de la monnaie pour effectuer des échanges de biens ou services, nous réaffirmons et renforçons donc les caractères fondamentaux de notre organisation sociale, qui en l'occurrence sont l'inégalité de répartition des richesses, l'asservissement humain au travail, la surexploitation de notre environnement naturel.

*Son livre "Au coeur de la monnaie, systèmes monétaires, inconscient collectif, archétypes et tabous" se lit comme un roman !

Mais il pourrait en être autrement, notamment si nous changions les caractères de notre monnaie. Si au lieu d'être capitalisable elle était fondante à savoir qu'elle ne soit que mesure de la valeur et non pas stockage de richesse, si elle était émise par ses usagers au lieu de l'être par les banques, si elle était répartie auprès de tous équitablement, notamment sous la forme d'un revenu de base inconditionnel, à ce moment-là la monnaie deviendrait l'outil majeur du changement de paradigme que nous cherchons.

La vraie richesse apparaîtrait alors : non pas des chiffres sur des bordereaux ou des écrans, mais des niveaux de qualité de vie, de cohésion sociale, de santé publique, de culture, de spiritualité ...

Nous sortirions enfin de notre hypnose : la vraie richesse, ce n'est pas l'argent !! L'argent, c'est un vieux mot pour désigner notre monnaie actuelle, qui est rare, chère, génératrice d'endettement, d'addiction à la croissance et de destruction. Mais pour échanger nos richesses locales, qui nous empêche de créer un autre système de mesure ? libre d'intérêt ? équitablement réparti et en quantité suffisante pour assurer les échanges ? Pourquoi rester obsédés par l'usage d'un outil néfaste aux mains d'une minorité qui s'approprie le monde en lui faisant croire qu'il n'y a pas d'autre solution ?

Liser l'interview de Patrick Viveret sur TerraEco.

"Il faut revenir au sens premier du mot bénéfice, qui veut dire bienfait, avant de vouloir dire profit."

Il préconise de réaliser un audit des richesses réelles d'un territoire... : "En ayant de meilleures informations sur les richesses réelles, on pourrait favoriser les activités bénéfiques via l’incitation fiscale, et faire l’inverse pour les activités nuisibles. Cela reviendrait à bâtir un vaste système de bonus-malus à l’échelle européenne, pour donner à nouveau du sens à l’économie."

...et stigmatise les mesures d'austérité des politiques nationales : Là où la sobriété vise à limiter les excès et les gaspillages, l’austérité détruit nos richesses, comme la santé ou l’éducation."